Natalie Maroun : «La communication du gouvernement essaie de mettre un périmètre de sécurité autour de l'affaire Ferrand»

Natalie Maroun, analyste des médias à l'Observatoire international des crises du Celsa analyse la stratégie de communication de crise mise en place par le gouvernement dans l'affaire Richard Ferrand.

 

Depuis le mardi 30 mai, le gouvernement et Richard Ferrand lui-même semblent avoir avoir repris la main dans leur communication autour de l'affaire qui touche le ministre de la Cohésion des territoire…

C'est mon impression. Maintenant, je ne sais pas si c'est une simple prise en main ou le fait qu'ils aient réalisé qu'ils sont confrontés à une vraie affaire. Au démarrage, le gouvernement avait peut-être misé sur le fait que d'autres événements, notamment internationaux allaient noyer cette affaire. Mais vu que l'on est rentré dans une sorte de feuilleton, le gouvernement et le ministre s'en saisissent.

 

Sur le fond, la réponse de Richard Ferrand peut faire penser à celle de François Fillon, l'agressivité envers les médias en moins…

On est sur la même sémantique, une dychotomie entre ce qui est légal et ce qui est moral. La différence par rapport à la stratégie de réponse de François Fillon, c'est qu'on est moins dans l'argument de l'attaque personnelle, du complot, même si tout le monde est conscient que c'est Emmanuel Macron qui est visé par ricochet, c'est quand même son premier marcheur qui est visé. Malgré cela, la communication du gouvernement essaie de metre un périmètre de sécurité autour de l'affaire Ferrand afin de ne pas contaminer les autres membres du gouvernement, les candidats aux législatives, et de préserver l'action gouvernementale et présidentielle.

 

Le fait d'avoir choisi d'envoyer le premier ministre au front au journal de 20h est révélateur de cette volonté ?

Il y a une parole solidaire, une parole consciente. Au journal télévisé, le premier ministre a évoqué le sujet, malgré une certaine exaspération. Et si le président ne s'est pas exprimés sur la question, ce n'est pas simplement parce qu'il est trop occupé par ailleurs. Il reste au dessus de la mêlée, se donne la possibilité d'arbitrer si le besoin s'en fait sentir.

 

La réponse apportée est très argumentée. Cela vise à éviter un embrasement sur ce sujet ?

Oui, il y a une volonté de dépassionner le sujet, en utilisant des arguments, notamment en disant que ce n'est plus le cas, que ce sont des pratiques anciennes. Cela permet de montrer que l'on a tourné la page, de façon à préserver les mesures phares du début de mandat autour de la moralisation. Cela donne un sentiment de maîtrise. Après, il suffit de lire le communiqué du ministre et de constater le nombre de coquilles, de fautes, pour se rendre compte qu'on a quand même dû faire vite. Même si ce n'est que de la forme cela dit aussi des choses sur le fond.

Recueilli par Julien Ropert

Interview réalisée mercredi 30 juin, avant l'ouverture d'une enquête préliminaire par le parquet de Brest

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Franceinfo / Jean-Mathieu Pernin
Mardi 22 août 2017 à 20h00